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25sep26


Léon XIV appelle la France à être «un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme»


Rencontrant les autorités au Palais de l'Élysée au premier jour de sa visite apostolique, Léon XIV a salué le «vaste patrimoine culturel et religieux» de la France soulignant «ses origines familiales normandes et béarnaises». Il a ensuite évoqué la diversité et la laïcité, les racines chrétiennes du pays et rappelé que face aux bruits de bottes et aux crises multiformes ébranlant notre monde, «la France a la vocation de demeurer un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme».

Après un accueil chaleureux à l'aéroport d'Orly, ce vendredi 25 septembre, premier jour de son voyage apostolique, le Pape s'est entretenu en tête-à-tête avec le président français Emmanuel Macron avant de s'adresser aux autorités, à la société civile et au corps diplomatique au Palais de l'Élysée. Dans son discours, à trois reprises, Léon XIV a martelé la devise de son voyage: «Pour que le monde ait la vie». Partant ensuite du nom de «ville lumière» attribué à la capitale française, le Souverain pontife a affirmé que «la France brille comme un phare culturel, artistique et spirituel, non seulement en Europe, mais aussi dans le monde».

«Forte de ses Écoles cathédrales, de ses Universités et de ses Académies, lieux essentiels de recherche de la vérité, la France a contribué à forger l'intelligence des populations, bien au-delà de ses frontières. L'illumination d'esprits d'exception français, qui étaient en même temps de grands catholiques, souligne combien les sciences, les arts, la littérature, la philosophie peuvent concourir au bien de l'humanité dès lors qu'ils sont orientés vers la recherche du beau, du bien et du vrai, afin que le monde ait la vie.»

La restauration de la cathédrale Notre-Dame: symbole d'une espérance retrouvée

Le Successeur de Pierre a salué l'attention particulière du président français pour la restauration de la cathédrale Notre-Dame ainsi que la collaboration d'institutions, tant privées que publiques, l'excellence de tous les artisans et corps de métiers investis dans le vaste chantier.

«La récente réouverture de la cathédrale à la célébration du culte divin, comme aux visiteurs du monde entier, n'est pas seulement le couronnement d'une prouesse technique, mais le symbole d'une espérance retrouvée, la preuve que ce que l'on croyait détruit à jamais peut renaître grâce à la collaboration de chacun, et le témoignage d'une unité réalisée dans l'effort commun.»

Le Pape invite ensuite tous les acteurs de la vie politique, sociale et religieuse à s'inspirer de ce bel accomplissement pour «un nouvel élan pour œuvrer sans cesse dans un esprit d'unité, avec la force d'une vivante espérance.» Rappelant aussi les riches racines chrétiennes de la France depuis saint Irénée et le baptême de Clovis, Léon XIV a souligné: «l'âme de votre patrie s'est déployée en puisant dans le christianisme un génie spirituel, culturel, intellectuel, artistique et missionnaire, qui rayonne aujourd'hui à travers le monde.»

René Cassin et la Déclaration universelle des droits de l'homme

Le rayonnement de la France a porté au monde de véritables conquêtes, poursuit le Pape lors de son discours, citant le juriste français et prix Nobel de la paix, René Cassin qui joua un rôle de premier plan dans son élaboration de la Déclaration universelle des droits de l'homme, proclamée à Paris. «Cette attention permanente à la dignité inhérente à toute personne humaine trouve un écho dans votre devise nationale. La liberté, l'égalité et la fraternité ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons de vos édifices publics, mais renvoient à des exigences éthiques universelles qui trouvent aussi dans le message évangélique une source inépuisable d'inspiration et d'accomplissement.»

La France a ainsi contribué à la conscience générale de la dignité inaliénable de la personne humaine. Saint Jean-Paul II considérait ce document comme «une véritable pierre milliaire sur le chemin du progrès moral de l'humanité», affirmant devant l'assemblée générale des Nations unies que «toute menace contre les droits humains, aussi bien dans le cadre des biens matériels que dans celui des biens spirituels, est également dangereuse pour la paix car elle touche toujours l'homme dans son intégralité».

Former au discernement au milieu du "paradis de machines"

Sur la question du respect de la dignité humaine et des droits et libertés fondamentaux qui dérivent de la nature humaine, Léon XIV revient sur son encyclique Magnifica Humanitas: «Au fil des siècles, le développement technologique a contribué à une amélioration significative des conditions de vie de l'humanité; en même temps, chaque étape du progrès a également révélé la face ambiguë d'outils susceptibles de causer du tort lorsqu'ils ne sont pas mis au service du bien».

Déjà en son temps, souligne le Pape, Georges Bernanos percevait le risque de voir l'obéissance aveugle et l'irresponsabilité devenir maîtres d'un "Paradis des Machines". Il soulignait comment, pour leur échapper, la civilisation française avait, au contraire, travaillé pendant des siècles à former des hommes libres, pleinement responsables de leurs actes. Le Pape explique ensuite qu'il lui est apparu indispensable «de replacer la personne humaine au cœur de toute réflexion. Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du "paradis de machines" qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique, capable de voir ce qui est moralement bon. Cette exigence est requise pour reconnaître le bien véritable qui fait grandir l'homme selon sa vocation première, dans le respect inconditionnel de sa liberté intérieure et de sa dignité sacrée.»

Le Souverain pontife rappelle donc l'urgence du dialogue dans le contexte de la France d'aujourd'hui où des personnes de différentes appartenances culturelles et religieuses sont appelées à vivre ensemble et à donner leur contribution à l'édification de la société: «une société authentiquement libre n'impose pas l'uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social».

Œuvrer pour le bien des plus démunis

Face aux autorités, le Pape a tenu à souligner que, depuis des siècles, la France a fait fructifier son tissu social, lui pernettant ainsi de se distinguer «par une attention à la diversité et un fort désir de solidarité». Et ce, grâce à l'œuvre «d'hommes et de femmes demeurés fidèles à leur humanité et aux valeurs de l'Évangile»: «l'Église catholique en France n'a cessé d'œuvrer pour le bien des plus démunis, se faisant le visage vivant de la tendresse et de la compassion de Dieu».

«Pensons aux œuvres de saint Vincent de Paul, au renouveau caritatif du XVIIe siècle, et aujourd'hui encore aux nombreuses institutions catholiques où des soignants accompagnent nos frères et sœurs fragilisés par la souffrance». Léon XIV a ainsi salué les témoignages d'attention et de service qui «constituent une véritable école d'humanité sur la grandeur du soin et un rappel vibrant de la valeur unique et irremplaçable de chaque être humain».

Œuvrer pour les plus démunis, insiste le Saint-Père, est aussi «une invitation à la fraternité renouvelée qui nécessite d'apprendre à accueillir la vie sans condition, à soutenir la fragilité avec tendresse, à accompagner avec respect et dans la confiance réciproque chaque étape de l'existence, et à défendre avec courage et compassion ceux qui n'ont pas de voix ou qui ne se sentent pas suffisamment soutenus».

Le Pape a ainsi renouvelé son appel pour la protection de la vie lancé en janvier lors d'un discours au corps diplomatique au Vatican, réaffirmant «avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain».

Le risque du détournement de la science

Le Pape a ensuite renouvelé son appel pour la protection de la vie lancé en janvier lors d'un discours au corps diplomatique au Vatican, réaffirmant «avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain».

Préoccupé depuis le début de son pontificat par les questions autours des évolutions scientifiques et technologiques, Léon XIV a aussi mis les représentants de la France en garde contre une tendance actuelle, la «tentation d'attendre de la science une solution et une consolation à toutes nos souffrances». «Le risque est souvent de tomber dans l'illusion. Lorsque la science et la technologie ne sont pas éclairées par la conscience, elles peuvent proposer des solutions immédiates qui semblent répondre aux désirs et aux douleurs des hommes et des femmes, mais qui en réalité peuvent gravement les détourner du bien auquel ils aspirent profondément.»

"Le risque est souvent de tomber dans l'illusion. Lorsque la science et la technologie ne sont pas éclairées par la conscience, elles peuvent proposer des solutions immédiates qui semblent répondre aux désirs et aux douleurs des hommes et des femmes, mais qui en réalité peuvent gravement les détourner du bien auquel ils aspirent profondément."

Le Pape a partagé son inquiétude de constater «les dérives actuelles des sociétés qui risquent de détourner la science et la technologie en entreprises lucratives favorisant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l'achat d'organes ou l'offre d'une mort programmée».

S'adressant aux autorités de la France un mois après la promulgation d'une loi encadrant le droit à mourir, le Souverain pontife a insisté: «N'oublions pas que le respect mutuel et la protection de la vie de toute personne humaine est une responsabilité de chacun et de tous, qui commence par une conversion de l'intelligence et du cœur, et qui nécessite un engagement réel et désintéressé envers nos frères et sœurs.»

«La véritable laïcité n'exclut pas la dimension religieuse»

S'attardant ensuite sur la question de la laïcité, qui fait partie de l'identité de la République française, le Pape a reconnu que l'engagement et le service à autrui constitue «l'expression de la juste laïcité de la Cité terrestre». «Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l'unité de la patrie», a-t-il affirmé.

Comme il l'avait déclaré aux enseignants de religion catholique reçu en audience en avril dernier, le Pape a rappelé que «la véritable laïcité n'exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d'une ressource éducative». Ainsi, «l'École catholique a toute sa place dans le paysage éducatif d'un pays comme la France», assure Léon XIV: «Cela s'inscrit d'ailleurs dans une attitude plus large, indispensable à tout dialogue, à l'école comme dans la société: connaître et aimer ce que l'on est, pour savoir aller à la rencontre de l'autre avec respect et ouverture d'esprit».

Le Pape détaille la notion de «juste laïcité», qui «ne consiste pas à exclure la religion de l'espace public ou de l'éducation, mais à travailler pour que l'État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun, pour que le monde ait la vie», a continué Léon XIV citant la devise ce 5è voyage apostolique, en France.

Le Pape a ainsi voulu saluer le travail effectué dans le cadre de l'Instance de dialogue entre le Saint-Siège, l'Église catholique en France et le gouvernement français: «De fait, l'infatigable œuvre de l'Église catholique, à travers la richesse de ses expressions et institutions, est assurément précieuse et louable pour le bien-être de toute la société». Saluant aussi «cette saine complémentarité», réaffirmée lors du Concile Vatican II: la communauté politique et l'Église «quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exerceront d'autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu'elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération».

Au service des chrétiens d'Orient

Le Pape a aussi partagé sa joie de constater la volonté de servir «toute personne, quelle que soit son origine», qui inspire «depuis des siècles la coopération entre la France et l'Église catholique au service des chrétiens d'Orient». Il a ainsi loué les actions éducative, sociale, culturelle et humanitaire menées dans les pays du Moyen-Orient, par des associations telles que l'Aide à l'Église en Détresse ou l'Œuvre d'Orient, qui sont «une précieuse contribution au dialogue entre les peuples et au soutien des droits de toute personne». C'est, pour Léon XIV, «un témoignage éloquent où culture et foi se présentent comme les piliers qui favorisent l'harmonie entre différents peuples et religions pour le service de la paix et de la médiation entre les hommes».

Là encore, l'éducation joue un rôle important, demeurant «l'un des principaux domaines de coopération, trouvant notamment une expression concrète et féconde à travers le Fonds pour les écoles d'Orient». À ce sujet, le Pape a souhaité exprimer sa reconnaissance «à toutes les personnes investies dans ce projet qui, depuis sa fondation en 2021, a permis d'apporter un soutien à plus de 260 établissements d'enseignement au Moyen-Orient, y compris à sept universités au Liban et à l'université de Bethléem».

Pour la civilisation de l'amour, contre la course aux armes

Évoquant le Moyen-Orient, Léon XIV n'a pu passer sous silence les conflits en cours, «toutes ces populations affectées par les conséquences de conflits et à tous ceux qui sont affligés par le fléau de la guerre». Impossible de rester «indifférents devant de telles souffrances qui blessent la dignité humaine et crient justice à Dieu».

«La gravité de ces situations doit nous interpeler et appelle chacun, là où il se trouve, à une véritable conversion du cœur et à un changement d'attitude» lance le Pape devant l'assemblée de représentants politiques, diplomatiques et de la société civile. Il a appelé à reconnaitre «humblement le besoin que nous avons les uns des autres» afin de pouvoir, «ensemble œuvrer davantage à la construction de la civilisation de l'amour au cœur de notre monde devenu si complexe et interdépendant».

Un appel qui s'accompagne aussi de celui à la fin de la course à l'armement. Le Pape a ainsi cité son saint prédécesseur Jean XXIII: «la justice, la sagesse, le sens de l'humanité réclament […] qu'on arrête la course aux armements; elles réclament la réduction parallèle et simultanée de l'armement existant dans les divers pays, la proscription de l'arme atomique et enfin le désarmement dûment effectué d'un commun accord et accompagné de contrôles efficaces». Léon XIV a déploré «la conviction, erronée, que la possession de l'arme nucléaire serait un gage de sécurité, ce qui alimente une nouvelle course aux armements difficilement contrôlable». Insistant, il rappelle: «la paix n'est pas un équilibre des forces, elle se construit chaque jour par le dialogue et la justice».

Ne jamais se résigner à la perspective d'une guerre

«Je vous exhorte donc à ne jamais vous résigner à la perspective d'une guerre en la considérant comme "inévitable"», a poursuivit le Pape en français, avec fermeté, «mais à promouvoir sans relâche le dialogue et la diplomatie, afin de préserver des sociétés pacifiques, respectueuses de la dignité et des droits de la personne et des peuples».
«Face aux bruits de bottes et aux crises multiformes qui ébranlent notre monde, a poursuivi le Pape, la France a la vocation de demeurer un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme, notamment au sein de notre chère Europe».

Reprenant l'expression de la paix désarmée et désarmante lancée le jour de son élection, Léon XIV a exprimé le souhait que «la France, dans la fidélité à ses valeurs, creuser le sillon d'une paix désarmée et désarmante, et offrir avec responsabilité sa contribution irremplaçable en faveur de la paix».

Le Pape a aussi formulé l'espoir: «Que votre liberté grandisse sans cesse dans le souci du bien commun. Que votre fraternité embrasse l'humanité toute entière. Et que l'égalité à laquelle vous aspirez s'établisse toujours sur les fondements de la justice et de la charité, sans supprimer les différences entre les personnes, mais en les faisant fructifier harmonieusement au profit de la société tout entière».

S'adressant aux personnalités présentes et interpellant le président français, Léon XIV a exprimé sa gratitude pour cette rencontre qui, «pour reprendre les paroles - significatives pour chacun - prononcées par Votre Excellence aux évêques de France en 2018, souligne combien «une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n'irait pas au bout de sa vocation; et qu'un Président de la République prétendant se désintéresser de l'Église et des catholiques manquerait à son devoir». «Soyez assurés de mafervente prière pour votre belle Nation.»

[Source : Janvier Yameogo, Vatican News, Cité du Vatican, 25sep26]

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